Histoire: la bataille de bougafer, une épopée à jamais mémorable

Un petit aperçu historique pour comprendre l’origine du nom de famille BOUGAFER.

Les autorités françaises de l’époque sont rentrées au Maroc,  officiellement dans le but de pacifier le sud marocain, en 1901. Elles ne sont arrivées à Jabel Saghro, une montagne de l’anti-atlas, qu’en 1933 soit 32 ans après le début de la colonisation appelée protectorat à l’époque. La résistance berbère était alors à son apogée mais avec des moyens primitifs. C’est le 13 février 1933 qu’une bataille éclata, dans une montagne appelée « Bougafer », entre la résistance berbère et l’armée française composée principalement de la tribu des « glouas » et présidée par le pacha de Marrakech de l’époque le « Glaoui ».

Elle fut l’une des plus sanglantes et des plus meurtrières guerres coloniales, l’une des plus dures et des plus coûteuses de l’armée française au Maroc.
La France vit alors une grave crise politique. Les gouvernements se forment et se décomposent.
Lorsque Edouard Daladier est nommé président du Conseil, le 31 janvier 1933, (le jour même de l’accession d’Hitler à la chancellerie allemande), l’armée française, qui peine toujours à parachever sa mission de  » pacification  » du Maroc, est aux prises avec les tribus berbères de l’Atlas. Celle des Aït Atta, notamment. Les Aït Atta sont des gens simples mais vifs. Ils ne se laissent guère impressionner par les représentants de l’autorité coloniale et sont prêts à mourir pour défendre leur dignité. Ils sont convaincus de la légitimité de leur action.

Quand le Glaoui, le Pacha de Marrakech, est chargé par les autorités françaises de mener des « Harka » contre eux et que leur chef (Amghar) est assassiné, les Ait Atta se dressent comme un seul homme. Ils entrent en dissidence ouverte contre l’autorité coloniale, commencent à harceler ses troupes et s’activent dans des guérillas téméraires. Leur bravoure est sans limite. Ils la confirmeront dans la confrontation héroïque et inégale de Bougafer.

Leur chef, Assou Oubaslam, de son vrai nom Issa Ou Ali N’Ait Baslam, fait « Amghar » de la tribu un an auparavant, est un homme au visage beau et grave, au corps maigre et musclé, impassible et indifférent d’apparence, mais fier, plein de dignité, et qui impose la confiance. Quand les autorités militaires françaises lui intiment, dans une lettre, de cesser ses incursions, il répond par une phrase restée célèbre: « Que celui qui a écrit cette lettre, vienne ici chercher la réponse ».

Le défi est lancé. Les Aït Atta sont prêts pour la confrontation. Ils se sont retranchés dans le Djebel Saghro, au sud du Haut-Atlas. C’est là, que dès le début de l’automne, chassé par le vent glacial qui commence alors à souffler sur la région, ils viennent faire paître leurs troupeaux, s’abritant sous des tentes nomades tissées de poils de chèvre. Ils connaissent le moindre coin et recoin du terrain. Les Aït Atta sont vite rejoints par les tribus de la région et par de nombreuses autres venues d’ailleurs. Toutes ont accouru par familles entières avec leurs troupeaux et leurs armes.

L’armée française qui s’avance sur eux est menée par des généraux des plus chevronnés et des plus aguerris de France, comme Catroux et Giraud, commandants respectifs des régions de Marrakech et de Tafilelt. Elle dispose d’une armée de 83.000 hommes surarmés regroupant des unités de Goums, des partisans du Pacha Glaoui, des guerriers des tribus soumises, des unités de la Légion étrangère et des spahis algériens, le tout appuyé par 44 avions de guerre et par une artillerie de gros calibre. Le groupement qui s’abrite dans le Saghro compte, lui, environ 800 familles. Les guerriers disposent, tout au plus de 2000 fusils. Des fusils d’artisanat. Des « Moukkouhla ».
Ils allaient se retrouver à un contre 4000 face à l’armée coloniale.

Les forces sont, certes, inégales, mais les résistants vont s’opposer aux troupes coloniales, très supérieures en nombre et en armement. Une résistance acharnée, bien organisée et disciplinée débute. La connaissance parfaite du terrain est une arme redoutable à leur avantage. Toutes les tentatives d’avance de l’armée coloniale sont repoussées.

Résistance acharnée

La résistance des Aït Atta, attestent les témoignages de l’époque, dépassait tout ce que les Français pouvaient imaginer. Ils avaient en face d’eux les tribus les plus guerrières du Maroc.

La résistance est si acharnée que le général Huré, qui commande les troupes françaises au Maroc, décide de prendre, lui-même, en mains le commandement de l’opération. « Aucune campagne coloniale, dans aucun pays, n’aurait pu briser une telle résistance de l’homme et du terrain », témoigne le romancier Henry Bordeaux.

« Il fallait donc recourir à d’autres moyens pour réduire cet ennemi acharné dans son formidable bastion : le bombarder sans répit, jour et nuit, lui enlever les points d’eau, le resserrer dans son réduit et le contraindre à y demeurer avec son bétail mort, avec ses cadavres… ».

La bataille entre alors dans une nouvelle phase. L’artillerie coloniale commence à marteler la citadelle de jour et de nuit. Un déluge de feu se déchaîne sur elle venant de la terre et du ciel. Les résistants sont acculés mais ne cèdent pas. Ils sont décidés à combattre jusqu’au dernier. Les hommes comme les femmes.

De toutes les guerres connues, les femmes, n’ont jamais joué un rôle aussi prééminent et admirable que pendant la guerre de Bougafer. Elles assuraient les arrières, préparaient les vivres et les munitions, soutenaient et vivifiaient la flamme des combattants et les encourageaient par des youyous stridents que les échos des montagnes amplifiaient. Elles défiaient les mitrailleuses braquées sur les points d’eau en allant y remplir leurs cruches pour approvisionner les résistants. Beaucoup de femmes tombaient, mais d’autres arrivaient aussitôt.

Après quarante deux jours d’enfer, les Français ont perdu 3500 hommes dont 10 officiers. Les résistants, eux, ont perdu 1300 combattants. Parmi les victimes, il y a eu beaucoup d’enfants, de femmes et de vieillards.
Acculés, cernés, extenués par la faim et la soif, les résistants vont se rendre. Mais, malgré la situation difficile, voire intenable, la reddition ne se fera que par la négociation.

Le 25 mars 1933, Assou Oubaslam, en compagnie de ses « compagnons » descend de sa forteresse, droit impassible. Il échange une poignée de mains avec le général Huré. Le spectacle est émouvant. Oubaslam dicte ses conditions. Le général Huré les accepte. C’est la paix des braves. L’honneur et la fierté des Aït Atta n’en sont que plus renforcés. Après l’indépendance, Assou Oubaslam fait allégeance au roi Mohamed V. Il sera nommé caïd et le restera jusqu’à sa mort, le 16 août 1960. Il aura laissé une empreinte indélébile dans l’histoire du Maroc.

L’oncle de mon père faisait parti de ses résistants. A la fin de la bataille, Assou Oubaslam était donc nommé, par les autorités coloniales, représentant officiel de la tribu des Ait Atta de Jebel saghro. Il a fallu que toutes les familles s’inscrivent sur le registre de l’Etat civil mis en place par les autorités. L’oncle de mon père, comme chef de notre famille, décide alors de changer de nom qui était à la base Ait ou alla. Il choisit alors BOUGAFER en hommage à tous ses compagnons avec qui il avait résisté et surtout en hommage à cette montagne.

Remarque : Ce récit est conforme à ce que l’oncle de mon père m’avait raconté. Un passage est tiré du site Wabladi. Un grand merci pour cet hommage à tous les résistants

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